#TCR2014 LAST DAY

23rd of juillet, 2015

Après une bonne nuit de sommeil (6h), je me prépare pour mon dernier jour de vélo qui risque d’être épique.
Je suis encore à 500km de l’arrivée. Et si je veux terminer dans les délais que je m’étais fixés, il me reste donc plus que 28h.
Dans mon esprit, c’est totalement faisable. Même si je n’ai jamais fait une telle distance sans dormir, et encore moins avec 3300km dans les guibolles.
Étant donné la distance à parcourir, je prends mon temps. De toute façon, je suis vite coupé dans mon élan.
Alors que je n’ai effectué que 55 km : crevaison. Il fallait bien que cela arrive. Je retire 4 morceaux de verres de mon pneu et je repars 20 minutes plus tard.

La route est désertique, je dois être dans le coin le moins peuplé de la Grèce. A part Alexandropoulis, il n’y pas vraiment pas beaucoup d’habitations … ni de routes d’ailleurs.

J’arrive donc jusqu’a la frontière truque sans trop de soucis. Il est 17h et je suis dans les délais. Par contre, il fait très chaud.
Deux contrôles passeports, un contrôle sécurité, des barrières de tous les côtés… Des herses mais aussi le passage d’un pont avec des militaires de chaque côté. Ça ne rigole pas!

Une fois de l’autre côté, ça y est, j’y suis, une sorte de soulagement. L’arrivée est proche
En fait, pas tants que cela, il me reste encore 350 km à faire. Une broutille… Euh non pas vraiment.

Vous allez comprendre maintenant pourquoi j’ai mis tant de temps à publier ce dernier jour.
Ceux qui me connaissent savent que je parle peu des mauvais moments…….

Les premiers kilomètres en Turquie se font directement sur l’autoroute…. car c’est la seule route bitumée. Les organisateurs avaient de toutes façons conseillé d’y rester, en roulant sur la bande d’arrêt d’urgence.
Mais ce que je n’avais pas prévu, c’était le dénivelé, ajouté à la température caniculaire. ça fait mal, tellement que je suis pris de vertiges. Je m’arrête, je bois mais je ne peux pas rester là , en plein soleil. Ca monte encore, la bande d’arrêt d’urgence est défoncée. Je sers les dents. La peur s’empare tout doucement de moi. J’ai les larmes aux yeux. Je craque !!!!!
Pourquoi je suis là ! J’ai envie d’abandonner! Oui! Si prêt du but, mais j’ai peur pour ma vie !
Je me ressaisis, je crie de rage, je n’ai pas le droit d’avoir cette pensée. Pas maintenant ! Je relance la machine, je crie à nouveau. Je suis à fond…. 20km/h! J’arrive difficilement à rejoindre une station essence. J’ai frôlé le drame, au bord de l’insolation.
Gros ravito : glace, eau, boisson sucrée. J’appelle un ami sans lui dire ce qui vient de çe passer. Je ne suis pas du genre à me plaindre. J’ai juste envi de parler avec quelqu’un avant de repartir.

La nuit commence à tomber, la température diminue doucement, ouf. Mais un autre problème arrive devant moi. L’autoroute est en travaux, il n’y a plus de bande d’arrêt d’urgence. Mais surtout elle passe de 2×2 en 1×1. Autant dire, je suis dans la merde. De toutes façons , pas le choix, il n’y a pas d’autre route. Je passe de temps en temps de l’autre côté de la route où il reste quelques centimètres de bande d’arrêt d’urgence, mais surtout, je vois les camions qui vont me froller pour anticiper… C’est mieux que de subir. Je suis pris de frissons, je suis sur la corde raide, à tout moment je peux de nouveau craqué…. et cela arrive de nouveau 2 fois.
Si vous faite attention à ma video de la transconrace. Sur la fin , on dirait que je suis enrhumé….. Je ne l’étais pas !
Heureusement pour moi, après Malkara, c’est la fin des travaux et la circulation diminue. Mais je ne sors pas indemne de ces dernières heures. Il ne me reste plus que 200km. 10h en théorie.

Après une longue descente, j’arrive à Tekirdag, et je loupe une sortie de l’autoroute qui me rallonge de quelques kilomètres (18) …. Je me dis que je ne suis pas à ça prêt.
Désormais, je dois longer la Mer noir… Et toujours sur l’autoroute jusque Silivri. Mon GPS ne m’indique qu’une trace , car je n’ai pas la cartographie de la Turquie. Mais ce n’est pas dur, c’est tous droit.
Par contre, maintenant , il n’y a plus de bande d’arrêt d’urgence. Donc je longe la ligne blanche au maximum, en particulier quand j’entends le bruit des voitures arriver ou le reflet de leur phares sur mon rétroviseur. Et à chaque dépassement, je sers les dents. Plusieurs fois je me dis que je devrais m’arrêter, surtout que je n’avance vraiment pas vite. Et pour corser le tout, lors d’un dépassement , je me prends  » je ne sais quoi  » dans les roues, un truc qui traîner sûrement une grosse planche. Je manque de peu de tomber mais je m’en sors avec une crevaison. La 2ième . Et je balance le vélo dans le bas côté en pensant: « Quel merde » Comme à la crevaison précédente , je prends mon temps, je ne suis plus à cela prêt. Puis je repars. Encore.
Mais la fatigue se fait sentir. Je regarde sans arrêt où je pourrais m’arrêter pour dormir. Mais quand je trouve un endroit, je continue.
Je bois, je mange pour rester éveille . Je chante même.  » On dirait que ça te gêne de rouler en Turquie, on dirait que ça te gêne de rouler sur l’autoroute… »
Je profite également d’une station essence pour boire un café et de remplir mes bidons.
Ce qui est fou, c’est qu’il y a du monde dehors, à la station service. Il n’y a que ça d’ouvert ou quoi ?
Maus aussi, on peut dire qu’il n’y a pas de protection du littoral ici, je longe vraiment la mer sans la quitter.

A Silivri, il ne me reste plus que 160km, et c’est à ce moment que j’ai prévu de quitter cette autoroute pour rentrer dans les terres et rejoindre ensuite la route d’arrivée pour Istanbul via Kemerburgaz.
Je quitte donc cette fucking autouroute pour reprendre une vrai route. Mais voilà. Tout ne se passe pas comme prévu, après seulement 500m, dès la première montée, j’entends des aboiement, je vois des yeux qui brillent dans la nuit . Il y a bien une dizaine de chiens qui rodent au milieu de la route. Noooonnnnn, mais ce n’est pas possible, j’ai pas mérité ça.

Je m’arrête, je ne peux pas, je n’en peux plus. Non mais là, je fais quoi. Non. Je les observe, ils font de même avec des petites aboiement pour me signaler que c’est chez eux , et que je ne passerais pas. Je n’ai pas le choix, je dois prendre le plan B. Mais le hic , c’est que je n’en ai pas .
Je vais devoir improviser

La seule solution qui me reste, c’est de continuer sur l’autoroute et de bifurquer plus tard. Mais sans carte, donc à la boussole avec comme seul indice ma trace qui s’éloigne au fur et à mesure. Certes, l’arrivée est au bord de la mer, mais les 20 derniers kilomètres sont par une route imposé, dont de départ est à Kemerburgaz, au nord est d’Istanbul.

Le fond de carte de mon GPS me donne quand même une info, je remonterai au nord après le deuxième plan d’eau.
Je rentre tout doucement dans la mégalopole la plus à l’est d’Europe. Fini l’autoroute 2×2 voies au bord de la mer, c’est une 4×4 voies au bord de bulding, il est temps de sortir de là. Surtout que la ville s’eveille, et que la circulation reprend.
Le mode boussole commence pour de bon. Kemerburgaz est à 25km à vol d’oiseau environ.
Gauche, droite , gauche, je zigzage dans cette mégalopole, dans des rues et ruelles. Des demi-tours et des impasses, des autoroutes infranchissables et des bidonsvilles.
Avec cela , je n’ai plus rien à boire ou à manger. Mais l’arrivée est proche, plus d’arrêt, je dois terminer cette course de merde.
La ville est belle et bien réveillée. La circulation est dense : Camions, bus, voitures klaxons et pollution. Je suis très loin des vacances estivales au bord de la plage. Je suis à bout, je suis à fleur de peau. Je croyais avoir touché le fond, et bien non. Impossible de prendre au nord. Un obstacle infranchissable est face à moi. La poussière, les camions, les ouvriers vêtus de vêtements ultra usagés et aux bandanas encrassés. Je suis dans le pire endroit ou l’on voudrait se trouver. Et les odeurs ne trompent pas, comme les oiseaux qui volent au dessus de cette montagne artificielles, je suis en plein dans la décharge d’Istanbul.
Déjà que je ne sentais pas la rose, mais la pellicule de crème solaire à la surface de ma peau se transforme en une seconde couche de crasse. Cette poussière nauséabonde vient se coller à moi.
J’essaye de trouver une solution, à l’est à l’ouest. Cette décharge qui s’étend à perte de vue est le dernier rempart, avant de rejoindre les 30 derniers kilomètres imposés par les organisateurs. Je ne suis pourtant qu’a 3 km à vol d’oiseau de la route finale. Je vois là-haut Kemerburgaz. Je dois faire un choix.
Cap au sud, et là c’est une autoroute qui me bloque la route, je dois la traverser, mais où? Je suis en rage, je crie, je hurle, je deviens fou , avec ça , je commence à avoir très mal au genou gauche. J’arrive enfin à passer de l’autre côté.
C’est à ce moment que mon frère Norbert m’appelle, il vient de se réveiller et voit ma trace GPS en ligne qui part dans tous les sens . Il me dit passe par cette route et moi…..
 » TA GUEULE , LAISSE MOI TRANQUILLE , TU SAIS RIEN  » et je raccorche
Il ne sait pas qu’il y a cette route imposé , et moi je viens de passer du côté obscure.
Enfin , je vois un panneau KEMERBURGAZZZZZZZZZZZZZ. Et biensûr via l’autoroute. Je me jete dans ce flot de circulation, à l’entrée de l’autoroute, des Flics. Je m’en fous, je fonce, en danseuse , à bloc, en serrant les dents, mon genou me fait très mal. Mais j’ai une dose d’adrénaline jamais atteinte. Oubliés mon sourire, ma bonne humeur…..Je grimasse ,je crie, je hurle. Je suis en guerre contre moi, contre les voitures, camions mobylette et contre ces kilomètres. Ma seul arme: mon fidèle destrier.

Me voila enfin à Kemerburgaz, il ne me reste plus que 25km et je retrouve enfin ma trace GPS.
Je fonce avec le peu d’énergie qu’il me reste, je suis à fond, mais je ne dépasse rarement les 25km/h. Cette route finale est au milieu d’une forêt, et il y a des chiens partout, sauf que là, ils dorment. J’en vois un qui essai de se lever mais abandonne. Il a dû courir trop cette nuit ou alors c’est mon regard de guerrier qui l’a calmé.
Et enfin oui, je là vois, je suis sur les bords du détroit du Bosphore. La ligne d’arrivée est proche.
Mais je ne ralentis pas pour autant, j’arrive à monter à 30km/h, je relance sans cesse, et à chaque relance , je me demande si je ne vais pas passer a travers mon genou qui me fait souffrir.
Il est là, le château du Bosphore…. Mais je ne vois pas l’arrivée. Ce fameux Bar Ismar!!!! Peut être là haut…. je monte, je ne vois rien, mais c’est quoi ce bordel.
Je regarde mon Roadbook, mon gps, mais merde, c’est ou ?
Je demande à un mec dans sa voiture de luxe. Le mec ne connait pas, il prends mon roadbook avec l’adresse est passe un coup de fil …
Apres 5min d’attente interminable, le mec me passe le téléphone. En fait, c’est le chauffeur particulier d’une personne qui travaille pour une ambassade et dont la personne parle Français !!!!!!! Le truc improbable. Mais ça ne m’avance pas, elle me dira qu’elle ne connait pas ce bar !
Je redescends sur le bord du Bosphore et à force de regarder de tous les côtés …… PAFFF , ma roue dans un gros trou , nouvelle crevaison….AHHHHHHHHHH
Je profite de l’arrêt pour redemander à quelqu’un s’il connait. Yes, 200 meter. Et là je me mets à courir à coté de mon vélo, je boite mais je cours. Et là, enfin, oui . J’y suis, je voie Mike Hall et Kristof Allegaert avec 2 autres personnes dont j’ai oublié le nom.

Je souris, je frisonne, je suis à bout de force mais …..
J’ai terminé mon Everest!

Le surlendemain, au retour à mon hôtel, à l’arrêt de bus, je voie un participant arriver , en me voyant avec ma casquette. Il s’arrête et de demande ou est l’arrivée , je lui dis que c’est à 200 m. A ce moment il fond en larmes, il m’explique ses galères avec les chiens. Qu’il sait fait renversé par une voiture et à dût faire un passage à l’hôpital. Qu’il a eu peur pour sa vie . Je lui dis que je comprends pour avoir vécu une partie de cette aventure de la même façon , et on le prends dans les bras l’un de l’autre. Et je fonds en larmes également.

C’est surtout ça la Transcontinental, une aventure humaine. Bien plus qu’une course.

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